Carnivores sauvages de France - La Belette (Mustela nivalis).

Une mauvaise réputation, ou l'on a le malheur de passer pour beaucoup plus gros que soi.



La belette et l'hermine sont deux de nos plus sympathiques carnivores sauvages. Répandus dans toute la France, ils ont des mœurs très proches et ne diffèrent que par des détails mineurs, comme la couleur du poil ou la taille. La belette est le plus petit des deux.

On a vite fait de ranger ces représentants des mustélidés dans la catégorie des «puants», comme disent les chasseurs, c'est-à-dire des «nuisibles». Il est vrai que leur odeur est très forte. En tous cas, certains, au prétexte de visite nocturnes de poulaillers ou de dévastations exercées dans les populations de perdreaux, voudraient en faire l'ennemi public numéro un, ou plutôt la cible privilégiée des chasseurs, qui, lorsque le gibier se fait rare, n'ont rien d'autre à faire que de semer des pièges dans la nature. Nous allons voir qu'ils ont bien tord, et d'ailleurs, les plus progressistes d'entre eux le reconnaissent bien. Mais le chemin de la réhabilitation est long et semé d'embûches.

Anatomie de la belette : un minuscule carnivore...

D'abord, pourquoi un tel nom ?

Dans «belette» il y a «belle», et en fait, dans bien des langues, belette a un rapport avec la gent féminine. Il y a aussi «ette», qui est le suffixe pour «petite». Une belette est donc littéralement une «petite belle», ou «petite femme», «petite fiancée». Ainsi, on dit «donnola» en italien, «Schöntierlein» en allemand, ou «nifítsa» en grec, qui est une évolution du mot «nímfi», la nymphe. Par ailleurs le vocable «belette» est passé dans le langage vulgaire pour designer affectueusement une femme jeune et charmante.

Et c'est vrai que la belette est charmante : c'est un minuscule animal d'environ vingt centimètres, queue comprise, pour un poids maximum d'une centaine de grammes. Son pelage est châtain sur le dessus, et blanc crème sur le ventre et sur le poitrail. dans le nord de l'Europe, son pelage devient entièrement blanc en hiver, comme l'hermine. Contrairement à l'hermine, la belette a toujours une petite tache marron sous la joue, et le bout de sa queue n'est pas noir. Sa silhouette est fuselée, aérodynamique, svelte, et pour tout dire, elle est tellement fine qu'elle arrive à se faufiler dans une galerie de 23 millimètres de diamètre. C'est d'ailleurs tout l'intérêt d'avoir ces pattes très courtes et ce corps presque serpentiforme. Les oreilles sont courtes et rondes, la queue fine et courte. C'est le plus petit carnivore d'Europe.

La belette est une boule de nerfs.

C'est une pile électrique qui court dans les prairies pour y faire des ravages dans la populations des rongeurs. À l'instar du chat, mais en beaucoup plus rapide, la belette traque ses proies jour et nuit, puis elle les dévore tranquillement, avant de recommencer sans relâche.

Alimentation

Le seul problème de la belette, c'est justement que son métabolisme suractif la contraint à manger régulièrement pour survivre. Sa digestion dure trois heures, et elle doit impérativement consommer journellement l'équivalent du tiers de son poids en viande fraiche. Ce qui fait en moyenne une souris par jour et par individu, et sur une année, 350 souris.
Il n'est guère besoin d'autres preuves pour réhabiliter la belette et lui enlever définitivement le statut de «nuisible» qu'elle a dû longtemps supporter. En 2008, elle a enfin été retirée de la liste des animaux considérés comme nuisibles par l'administration française. Quand à l'accuser de s'attaquer à des perdreaux, à des lapins, ou pourquoi pas à des poules : il ne faut pas prendre au sérieux ce que racontait Jean de La Fontaine dans ses fables. Une belette ne s'attaque en effet que très rarement à une proie vingt fois ou cinquante fois plus grosse qu'elle. Si elle le fait, c'est qu'elle a été poussée dans ses derniers retranchements. C'est en effet un animal très courageux, qui n'hésitera pas pour se défendre à sauter à la tête de son agresseur, l'homme y compris.

Reproduction

Les belettes s'accouplent au printemps et en été. Il faut en moyenne trois heures d'accouplement pour déclencher l'ovulation, puis cinq semaines de gestation. Les petits, quatre à neuf par portée, naissent aveugles, nus et sourds. Ils sont totalement dépendants de leur mère pendants les premiers temps. Sevrés en huit semaines, ils voient au bout de quatre semaines, et peuvent tuer leurs première souris entre deux et trois mois. Ils quittent alors le nid.
C'est à n'en pas douter un grand soulagement pour la mère, car le mâle ne prend aucune part dans l'éducation des jeunes, et pendant cette période, la mère doit non seulement produire du lait, mais aussi chasser pour se nourrir elle-même. Certaines années, lorsque les campagnols et les mulots abondent, les belettes peuvent avoir deux portées.
On a constaté une corrélation directe entre la densité de population de belettes et celle des rongeurs. Ainsi, la densité de population peut varier de 0,1 à 30 individus par kilomètre carré, suivant le nombre de rongeurs disponibles, qui peut osciller entre 0 et 4500 souris par kilomètre carré. La quantité de souris prélevée par les belettes est d'ailleurs assez faible, et c'est heureux, car d'autres prédateurs sont sur les rangs : hermines, renards, putois, rapaces, etc… sans compter la concurrence du chat domestique.

La belette ne vit que trois ans au maximum. Elle est menacée par la destruction de ses habitats ou par le manque de nourriture, ainsi que par certains prédateurs : renard, chat, chien, hermine, chouette. En France, la belette n'est plus un nuisible depuis peu. Qu'on se le dise !
Quelques points à retenir :
• Trente belettes consomment 10.000 rongeurs par an et par kilomètre carré.
• La reproduction de la belette est fonction de la densité de petits rongeurs dont elle se nourrit.
• La belette ne se nourrit qu’exceptionnellement de jeunes levrauts, poussins ou œufs, et elle ne fait là qu’exercer son rôle normal de prédateur naturel.
• Si la belette entre dans un poulailler, c’est avant tout pour chasser les petits rongeurs.
• Les élevages de gibier peuvent attirer la belette : présence de rongeurs attirés par les graines.


La belette selon Buffon...


Les préjugés sont tenaces en matière de belette, et il faut peut-être y voir l'influence néfaste de certains ouvrages considérés pendant des siècles comme des références. Ainsi s'exprimait par exemple Buffon, dans son «Histoire naturelle» :

«Lorsqu’une belette peut entrer dans un poulailler, elle n’attaque pas les coqs ou les vieilles poules, elle choisit les poulettes, les petits poussins, les tue par une seule blessure qu’elle leur fait à la tête, et ensuite les emporte tous les uns après les autres (…) elle demeure ordinairement dans les greniers, dans les granges; souvent même elle y reste au printemps pour y faire ses petits dans le foin ou la paille (…) en été elle va à quelque distance des maisons, surtout dans les lieux bas, autour des moulins, le long des ruisseaux, des rivières, se cache dans les buissons pour attraper des oiseaux, et souvent s’établit dans le creux d’un vieux saule pour y faire ses petits»
À la lecture de ces lignes, on se demande comment le célèbre naturaliste peut broder à ce point. Il est évident que la belette est beaucoup trop petite pour transporter des poulettes ! Des poussins, à la rigueur. Buffon le sait bien puisqu'il écrit quelques pages plus loin «La Belette est beaucoup plus petite que la Fouine, la Marte, le Putois et le Furet».

Le territoire de la belette se situe en réalité en lisière des bois, dans les haies, les talus, les buissons, les broussailles, les plaines céréalières, dans tous les endroits où pullulent les rongeurs, en particulier les campagnols. Elle habite dans un trou de mur, sous une grosse pierre ou dans une meule de foin, et non dans un grenier qui est plutôt le logis de la Fouine, un autre mustélidé beaucoup plus gros.

En tous cas, même si ce texte est un peu daté et imprécis, il faut quand même recommander la lecture des pages de l'Histoire Naturelle de Buffon consacrées à la belette car il y est narré d'extraordinaires et touchantes histoires de belettes apprivoisées, par Buffon lui-même et par une amie, Mademoiselle de Laistre.

Si l'on en croit ces lignes, la Belette peut s'apprivoiser remarquablement à condition de l'élever depuis son jeune âge. Mais attention à son odeur qui est très forte !

Histoire naturelle volume IV, Histoire des quadrupèdes
Additions aux articles, Volume XI


Photos :
1 - Bering Land Bridge National Preserve CC-BY-SA.
2 - Richenza CC-BY-SA.
3 - Jerzy Strzelecki CC-BY-SA.
4 - Keven Law CC-BY-SA.
5 - Peter Trimming CC-BY-SA
6 - barabachka CC-BY-SA
Illustration : «La belette entrée dans un grenier» de Jean de La Fontaine, par Gustave Doré.

Bibliographie :
Guide des mammifères d'Europe, Schilling - Singer - Diller, Ed Delachaux & Niestlé
La Hulotte n° 44 - Dossier secret des animaux malfaisants et nuisibles - Pierre Déom, 1979
Histoire naturelle volume IV, Histoire des quadrupèdes - Comte Georges Louis Leclerc de Buffon - An VII
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