Comment les araignées tissent leurs toiles ?

C'est bien beau de se prendre des toiles d'araignées dans la figure à chaque fois qu'on se promène en forêt, mais comment sont-elles arrivées là ?

araignée épeire dans sa toileC'est la question du jour… ou plutôt les questions : comment une araignée arrive à tendre un fil de plusieurs mètres entre deux arbres ? Comment tissent-elle la toile qui leur sert de piège ? Voyons cela en détail et en images, car un dessin vaut mieux qu'un long discours, surtout au sujet des toiles d'araignées…

Mais tout d'abord, une mise au point…

On parlera ici d'araignées à "toiles géométriques", et pas des autres araignées, qui tissent des toiles informes, ou en forme de cornet. Dans cette catégorie se rangent toutes les araignée du genre "Epeira", dont l'épeire diadème, et aussi les Argiopes dont l'argiope Frelon a fait l'objet d'un article sur ce site.
Il est donc question de ces superbes soucoupes volantes presque invisibles qui s'accrochent aux herbes, aux branches ou aux murs et dans lesquelles on se précipite sans les voir, pour le plus grand malheur de l'araignée qui les a construites… encore que nou allons voir que le malheur n'est pas si grand que ça.

Mais commençons par le commencement…

Tout d'abord, il faut tendre un fil entre deux points fixes. Soit une prairie de hautes herbes, ou tout autre type de support : murs, branches, carcasses d'acier. Comment faire pour aller du point A au point B ? Très simple : c'est le fil qui va y aller tout seul. En effet, ce n'est pas l'araignée qui se déplace, dans ce cas. Elle se contente de laisser partir dans le vent le fil qu'elle sécrère à l'aide des glandes de son abdomen appelées "filières". Le fil est tellement léger qu'il finit par atteindre des distances respectables. Ainsi, un fil de soutènement de toile peut faire jusqu'à cinq mètres de long, et passer par dessus des chemins, des obstacles ou même des rivières.
Lorsque le fil atteint l'obstacle, il s'enroule sous l'effet du vent à la moindre branchette ou au plus petit brin d'herbe qui dépasse.
Il ne reste plus à l'araignée qu'à faire un aller retour sur ce pont suspendu. Elle en profite en général pour en remettre une couche. Au bout de quelques semaines, ces fils de support peuvent être très épais, car ils sont renforcés régulièrement.

La construction de la toile…

D'abord, l'araignée fabrique le cadre de sa toile, en collant des fils à l'extérieur de la future toile aux herbes ou aux branches. Cela donne ceci :
Il faut maintenant passer à la seconde étape : les rayons, en les attachant au centre avec un premier petit cercle de plusieurs brins de soie. L'araignée utilise toujours pour cette première partie de la construction son fil le plus solide, un fil assez épais et peu collant. Il faut préciser tout de suite que l'animal dispose d'une mini-usine chimique très élaborée, puisqu'elle peut à loisir changer de qualité de fil en utilisant une autre des filières présentes à l'arrière de son abdomen. Elle peut aussi tisser des fils simples, doubles ou multiples en faisant fonctionner une ou plusieurs filières à la fois.

Lorsque les rayons sont posés, l'araignée obtient ceci :


L'étape suivante va consister à tisser le moyeu. Il s'agit d'une zone ou les fils très serrés sont disposés en spirale à partir du centre. C'est là que se trouvera le futur poste de guet de l'araignée. Il est toujours tisé avec du fil solide et peu collant. Il sert surtout à lier ensemble tous les rayons de la toile afin d'assurer la suite du tissage. En partant du centre, l'araignée pose des fils en spirale serrée, les collant les uns aux autres en utilisant une autre de ses filières qui produit cette fois un fil ultra-fin et collant comme de la glue. Le moyeu terminé ressemble à cela :




Il faut maintenant tisser l'armature de la toile.

Pour cela, on s'écarte un peu du moyeu, et on pose des fils, toujours de la même sorte (les plus solides) en escargot et jusqu'au bord de la toile, mais assez écartés.

Pour réussir une toile bien régulière, l'araignée se sert de ses pattes comme d'un compas, dont l'écartement constant lui permet de maintenir la distance à chaque fois qu'elle colle un fil aux rayons à l'aide de sa soie adhésive ultra fine. Le résultat obtenu est une toile aux spires très lâches, mais solide, qui va servir d'échafaudage pour terminer l'ouvrage.
L'araignée peut maintenant circuler librement sur sa toile qui est assez solide pour cela. Mais il y a un problème… Les barreaux du piège sont beaucoup trop écartés, et les fils ne sont pas assez collants et trop visibles. Autant dire que si une mouche passe par là, elle va passer entre les barreaux en rigolant un bon coup…


Le tissage de la soie piège…

C'est pourquoi l'araignée va maintenant, en partant de l'extérieur, détruire la spirale qu'elle vient de poser et en coller une autre beaucoup plus serrée. Cette nouvelle spirale est constituée d'une soie tout à fait différente : il s'agit d'un fil double recouvert de goutelettes de colle très serrées, assez fin comparé au premier et moins solide. Mais ce nouveau fil est bien plus collant ! On voit sur l'illustration ci-contre la spirale définitive à l'extérieur, et la vieille spirale de consolidation à l'intérieur, en cours de destruction…



toile d'araignée en contre jour

Au final…

Nous obtenons une toile comme sur la photo ci-contre. La taille du moyeu et l'écartement des rayons et des spires varient beaucoup en fonction des espèces, comme la taille de la toile. Par contre, il y a toujours une zone libre entre le moyeu et la partie collante de la toile, ou au moins des trous au centre. Les trous de cette "zone libre" servent à passer d'un coup de patte de l'autre côté de la toile. Sinon, il faudrait à chaque fois que l'araignée fasse le tour ! Et ça ne serait pas très pratique…
Quelques détails…
• L'araignée recommence sa toile tous les matins, voire deux fois par jour ! Les raisons en sont simples : d'une part la toile est fragile et un simple vol de moineau la détruit, d'autre part, une toile neuve est presque invisible, tandis qu'une vieille est couverte de poussière… et perd de son efficacité collante.
• Pour voir les toiles, choisissez de préférence le matin, lorsque la rosée s'accroche aux fils et les rends visibles.
• Rien ne se pert, tout se récupère… C'est pour cela que lorsque l'araignée recommence une nouvelle toile, elle fait une boulette de la vieille toile et l'avale. En moins d'une heure, celle-ci est digérée et transformée en substance prête à l'emploi. Elle fait de même lors de la fabrication, au moment où elle détruit la première spirale pour en construire une deuxième plus serrée et collante. C'est ça le développement durable…
• Le cable primaire de la toile d'araignée est une substance incroyable : à section égale, ce cable est deux fois plus solide que de l'acier, et quatre fois plus élastique. Certains essais de tissage ont été réalisés en laboratoire, qui ont montré qu'un tissu réalisé en fils d'araignée est plus résistant que le Kevlar qui est une fibre synthétique utilisée notamment dans les gilets barre-balle et dans l'industrie aéronautique…

Photos et illustrations de l'auteur. Certains droits réservés.


Article par Pierre-Olivier Templier


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Argiopes frelons ou Argiope bruennichi et araignées à toile géométriqueImitation et mimétisme dans le monde des insectes, deuxieme partie : la coloration leure et le mimétisme batésien.Imitation et mimétisme dans le monde des insectes premiere partie : la technique du camouflage.